Danielle Attelan-Goldminc

Das Kind, ou l’Histoire racontée par l’histoire

In Cinéma on décembre 29, 2010 at 9:12

Il y a quelques jours à peine, Jérusalem célébrait le septième art juif pour la douzième année consécutive. L’occasion pour les cinéphiles locaux  de circuler dans des mondes pluriels, crées par autant de réalisateurs juifs originaires des quatre coins du globe. Dans cette balade à travers les genres, un voyage les aura sans doute bouleversés. Celui dans lequel nous embarque le documentaire de Yonathan Levy :  Das Kind, ou le retour d’une Juive, ancienne résistante et communiste, sur les lieux de son  passé. De Paris à Czernowitz en passant par Bucarest,  Irma marche avec le spectateur sur les traces de la petite et de la grande histoire. Au-delà de l’aspect historique, Das Kind est donc le voyage d’une vie, une expérience existentielle qui tente de mettre en scène le difficile processus de transmission de la mémoire d’une génération à l’autre. Rencontre avec l’équipe du film.

Par Danielle Attelan pour le Jerusalem Post

Il est 21heures, l’équipe de Das Kind s’apprête à répondre aux questions du public venu assister à la projection  du documentaire. Mais avant cela, c’est au Jerusalem Post qu’ils devront donner la réplique.Dès les premiers échanges, la complicité qui règne au sein du groupe est palpable. Cela ne fait aucun doute, la fascination du réalisateur pour son « actrice » principale, Irma Mico,  dépasse largement les contours du grand écran. Yonathan Levy n’est d’ailleurs pas le seul à être séduit par cette femme pleine de ressources, d’énergie et d’humour. Du haut de ses 96 ans, Irma attire tous les regards : celui presque amoureux de son réalisateur, l’autre bienveillant de son fils André,  le troisième attendri du père de Yonathan, en passant par le mien, intrigué…La joyeuse bande est au complet. L’interview peut commencer.

A la recherche du temps perdu…
Le premier à prendre la parole est André, le fils d’Irma. C’est lui qui est au coeur de la genèse du film, lequel débute d’ailleurs en ces termes : « André, mon chéri. Tu veux revenir sur les traces de ta vieille maman. Tu veux faire avec moi ce voyage, qui me ramènera sur les lieux de mon passé, de mon enfance, de ma jeunesse. Tu veux des réponses à tes questions, et pour cela nous allons traverser l’Europe… ». Depuis petit, André est celui qui pose les questions, confie-t-il au Jerusalem Post. Un rôle qu’il reprend à merveille dans Das Kind. Tout au long du documentaire, l’homme entretient avec sa mère une sorte de dialogue socratique : il la pousse à puiser en elle des réponses, des souvenirs… tantôt agréables, tantôt douloureux.
« Lorsque j’ai pris ma retraite, j’ai tout de suite voulu exécuter ce projet qui germait en moi depuis longtemps. Au départ, j’avais l’intention de coucher sur papier l’histoire de ma mère, d’en faire un roman. Puis j’ai rencontré Yonathan, ce jeune homme passionné de cinéma et intéressé par les personnes âgés. Et l’idée d’en faire un film est née», explique-t-il. Au centre du projet, la question de la transmission. « Mon fils m’a piégée », taquine Irma, « Il souhaitait  faire ce film pour nos descendants, pour qu’ils gardent une trace de l’histoire de leurs ancêtres ».  De son côté, Yonathan Levy a toujours été fasciné par l’héritage que pouvaient transmettre les personnes âgées, qui ont « tant de choses à raconter ». Son père, René, estime que Das Kind aura exercé une fonction thérapeutique pour le réalisateur. « A 14 ans, Yonathan a effectué la Marche des Vivants à Auschwitz. Il est revenu de ce voyage complètement traumatisé, il était  trop jeune pour ressentir les émotions qu’ils a ressenties. A partir de ce moment- là,  il s’est documenté et  a acheté tous les films liés à la Shoah. Entreprendre ce film a donc été une sorte de thérapie pour lui ».

C’est ainsi que Yonathan, Irma et son fils André ont entrepris ce voyage intime, à travers l’Europe, à la recherche d’un passé et d’une histoire dont elle est le dernier témoin. Au fil des lieux, des rencontres, et des retrouvailles, la Résistante nous livrera un récit spontané, poétique et bouleversant de ce qu’a été sa formidable destinée.

Le portrait d’une femme qui reflète celui d’une génération

Si la période traitée dans le documentaire correspond à celle de la montée des totalitarismes et à l’horreur de la Seconde guerre mondiale, l’histoire racontée n’est pas celle des victimes. « J’ai voulu rendre hommage à des héros. Beaucoup de films mettent en exergue l’histoire des victimes de la Shoah, nous avons souhaité mettre l’accent sur celle des résistants », explique André. Naturellement, les pages de l’histoire personnelle d’Irma s’entremêlent à celles de l’Histoire. « Irma est l’un des derniers témoins à pouvoir évoquer ce que fut la ville de Czernowitz à son apogée, quand 30% de la communauté était juive et que ceux qui la composaient occupaient une position prédominante dans la propagation de la culture allemande. Elle est aussi l’un des derniers témoins à pouvoir raconter ce qu’était le militantisme communiste dans le Bucarest des années 30, en pleine illégalité », raconte le réalisateur. Et d’ajouter « Durant ces années pleine de combats et d’idéaux, Irma fréquenta toux ceux qui allaient devenir les cadres du Parti de la Roumainie communiste d’après guerre. Elle est enfin l’une des dernières personnes à pouvoir témoigner de ce que fut la résistance des étrangers juifs et communistes à Paris pendant la seconde guerre mondiale ».  Pendant ces années de résistance, Irma effectue une mission spécifique peu connue du grand public : elle aborde des soldats allemands afin de les rallier à la Résistance. «Evidemment, au début, la plupart des soldats allemands que nous avons rencontrés étaient des nazis enragés ou fanatiques. Mais après Stalingrad, leur moral s’est dégradé, et notre propagande avait davantage d’échos. Et après avoir abordé des centaines et des centaines d’Allemands, une dizaine d’entre eux nous ont carrément rejoints dans la résistance », se félicite-t-elle. Parmi ces soldats allemands qu’elle réussit à convaincre, figure Hans, qui déserte l’armée allemande et participe à la Libération de Paris avant de rejoindre la division du Colonel Fabien. 70 ans plus tard, le brave soldat et Irma se retrouvent, devant la caméra.  Un instant bouleversant dont toute l’équipe du film se souviendra. «C’était un moment miraculeux.J’ai senti mes cheveux se dresser…Tous les Allemands n’étaient pas des nazis » rappelle André.

Transmettre la Mémoire…et la Vie


« Lorsque j’ai entrepris ce film, je l’ai fait un peu comme un petit enfant qui demande a sa grand-mère de lui raconter son passé », confie le réalisateur. Ce processus de transmission de la mémoire est matérialisé dans le documentaire par le biais de trois visions. Celle d’André, qui pose les questions, celle de sa mère qui y répond, mais aussi et surtout celle de cette mystérieuse jeune fille qui intervient à plusieurs reprises au cours du film, depuis une scène de  théâtre, pour incarner la conscience d’Irma. Elle raconte à la première personne l’histoire de la Résistante, ses pensées, ses craintes, ses souvenirs. Ce n’est seulement qu’à la fin du documentaire, dans une ultime scène chargée d’émotion, que le spectateur comprend que cette jeune actrice n’est autre que la petite-fille d’Irma, dépositaire de la mémoire de sa mamie. Ces liens familiaux dépassent largement les liens du sang. En témoigne l’heroine du long métrage, qui se réjouit d’être ressortie de ce film avec un nouveau petit-fils, le réalisateur Yonathan Levy. « L’enfant, Das kind, c’est une position en laquelle chacun peut s’identifier », explique André. Finalement, le processus d’identification opère si bien que les spectateurs de Das Kind deviennent autant de petits-enfants d’Irma, chargés à leur tour de reprendre le flambeau de la Mémoire.
Site du réalisateur : http://www.yonathanlevy.com

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  1. Das Kind : un film magnifique, chargé d’émotion, porté par la personnalité hors pair d’Irma Mico et magistralement mis en image par le talentueux jeune réalisateur. Un grand BRAVO ! Hannes Gellner

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